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  • LA REDACTION

Cri de douleur d'une camerounaise anglophone

Updated: Sep 1, 2018

Je viens de Pinyin-Santa, une division de Bamenda - Région Nord-Ouest. Je suis une camerounaise anglophone de naissance. J'accepte de faire ce témoignage pour Africa Mondo Magazine de façon anonyme, parce que je crains pour ma sécurité.

Vous comprendrez pourquoi en lisant mon récit. Mon village a été perquisitionné une fois de plus, le vendredi 25 mai 2018 par des militaires de La République Camerounaise (LRC) et, en moins d'une heure, 41 jeunes garçons et filles (de 16 à 25 ans) ont été tués pour des raisons que nous ignorons encore.


Les mères et les pères sont tués devant leurs enfants, même des femmes enceintes sont abattues, tout comme le personnel médical. Infirmiers et médecins travaillent sous la pression des armes pour soigner les blessés au risque de se faire tuer eux-aussi.

Selon les rumeurs, les jeunes hommes de ce village se livraient à l'enlèvement de hauts fonctionnaires et de leurs proches pour obtenir une rançon. Le chef du village aurait alerté la police plutôt que d'aborder la question dans sa circonscription, ce qui à mon avis aurait été mieux. Nous savons que comme dans chaque communauté, il y a des pickpockets, des voyous, etc. Certains d'entre eux (environ 5) auraient profité de la situation de crise pour voler et extorquer les riches du village. Apparement, quand ils ont eu des nouvelles suite au rapport du chef, ils ont fui le village. Les militaires en entrant dans notre localité ont causé une sérieuse crise de panique au niveau de la population, parce que ce n'était pas la première fois. Ils avaient impitoyablement tué des aînés, des jeunes, des personnes en situation de handicap, des femmes enceintes qui ne pouvaient pas courir vers les buissons ou les villes voisines pour se mettre à l'abri.

Pillages, viols, meurtres, des drames humains à n'en plus finir

À la vue des militaires de nouveau dans le village, tous les jeunes garçons ont pris la fuite et ont commencé à courir dans les buissons à proximité. Malheureusement, ils ont tous été tués et ont baigné dans leur propre sang. Des maisons ont été pillées et des jeunes filles emmenées de force après avoir été violées, et pour d'autres, tuées devant leurs mères. D'autres villages dans ces deux régions sont confrontés à des situations encore plus difficiles en raison de la présence massive des militaires qui massacrent à l'aveuglette, pillent et incendient des personnes, des maisons privées, des entreprises, des écoles et autres. Plus d'un millier de jeunes hommes et jeunes filles sont en prison pour des crimes qu'ils n'ont sans doute pas commis, mais seulement parce qu'ils ont été signalés par des personnes peu scrupuleuses au service du gouvernement. Des dizaines de milliers de personnes ont fui vers le Nigéria, vers d'autres villes de LRC. La plupart des hôpitaux ont arrêté leurs services dans ces régions, de nombreuses naissances dans les buissons, la mort due à la famine car les habitants ne peuvent pas quitter leurs cachettes comme beaucoup ont été tués par les militaires de LRC quand ils ont essayé de sortir pour des soins médicaux. Aucun mouvement n'est autorisé, pas de véhicules, pas de vélos, pas de mobilité d'aucune sorte. C'est atroce ce que nous vivons depuis bien trop longtemps.

Compte tenu des circonstances, les habitants se sont chargés de construire une armée de défense civile en utilisant des méthodes traditionnelles pour protéger les gens, qui n'ont nulle part ailleurs aller, contre ces militaires qui agissent comme des barbares. Ces zones ont été privées d'électricité, d'eau potable, de connexion Internet, d'écoles et pas d'activités - plus de 90% de la population compte sur l'agriculture comme activité principale, et nous sommes tous immobilisés, si bien qu'ils ne peuvent plus récolter le fruit de leur travail. 


Survivre dans un Etat où les droits de l'homme sont piétinés

Des milliers de personnes ont perdu la vie. Les familles sont déplacées, séparées, portées et disparues. Ceux qui sont en prison n'ont pas été jugés ou entendus et n'ont pas eu la possibilité d'avoir un avocat pour les défendre. 

Les anglophones dans des régions de LRC (francophones) vivent en permanence dans des conditions extrêmes, telles que: le harcèlement de la police dans les cas où ils doivent les affronter; par exemple, pour une demande de carte d'identité, d'un passeport ou autres documents administratifs. Sont sous surveillance, leurs bureaux, les appels téléphoniques, Internet, les ordinateurs (ils saisissent tous les outils de communication).

Certains de nos frères francophones sont payés pour nous espionner. Ils doivent signaler ceux qu'ils soupçonneraient de rebelles. Nos faits et gestes, nos églises, nos écoles, nos groupes sociaux sont bafoués. 

Nous ne sommes pas autorisés à exprimer nos émotions, à parler ou à réagir sur la crise actuelle, quel que soit notre degré d'impact. C'est une discussion taboue. La communauté internationale doit être au courant de ce qui se passe dans la partie anglophone du Cameroun. Nous vivons des atrocités. Les militaires anglophones au sein de l'armée LRC sont confrontés à leurs homologues. Certains d'entre eux ont été délibérément tués. Les médias et les hauts fonctionnaires du gouvernement font leur éloge pour leur excellent travail de protection des personnes dans ces régions. Ils décrivent les forces de défenses civiles comme des forces de séparation (groupes de personnes qui se battent pour séparer le pays).


Nous voulons simplement LA PAIX !

De notre côté, les médias privés menacent de faire des déclarations et / ou de montrer des images concernant la crise anglophone. En fait, certains journalistes ont fui de peur pour leur vie. Certains ont été emprisonnés et sont morts. Nous sommes dans la douleur profonde et la peur des massacres aveugles, du pillage, de l'incarcération et des pires sévices par les forces de l'ordre de LRC. 

Nous voulons simplement LA PAIX pour tous au Cameroun !


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